Histoire
En 2008, BlackBerry – alors connu sous le nom de Research In Motion (RIM) – est au sommet du monde. Aux États-Unis, près d'un smartphone sur deux est un BlackBerry. Hommes d’affaires, célébrités et même le président Barack Obama ne jurent que par cet appareil au clavier physique unique et à la sécurité inviolable. Le service de messagerie BBM est le premier réseau social mobile de l'histoire. L’entreprise semble intouchable.
Pourtant, la faille s'est ouverte un an plus tôt. Le 29 juin 2007, Apple lance le tout premier iPhone, marquant la période de début de l'échec de BlackBerry. Chez le géant canadien, les co-fondateurs et co-PDG, Mike Lazaridis et Jim Balsillie, regardent ce nouvel appareil avec dédain. Pour eux, l’iPhone n’est qu’un jouet pour adolescents, une machine à musique dotée d’une batterie médiocre. Ils restent fermement convaincus que les professionnels n'abandonneront jamais le confort et la rapidité de leur clavier physique. C’est le début d'un déni technologique fatal.
Le déni du tactile pousse la direction à faire de mauvais choix. Face au succès grandissant de l'iPhone et des premiers téléphones Android, BlackBerry tente de réagir dans la précipitation.
En novembre 2008, sous la direction technique de Mike Lazaridis, l'entreprise lance le BlackBerry Storm, son premier téléphone entièrement tactile. Pour imiter le clavier physique, l'écran entier s'enfonce lorsqu'on clique dessus. C'est un désastre industriel : le système bugge, l'écran est lourd et le public rejette massivement le produit.
Pendant ce temps, Jim Balsillie se concentre sur les négociations avec les opérateurs télécoms, refusant de voir que la vraie valeur des smartphones s'est déplacée vers les applications. Apple crée l'App Store, Android lance le Google Play Store, mais BlackBerry protège son écosystème fermé. Les utilisateurs grand public et les développeurs désertent la marque. En janvier 2012, acculés par la chute vertigineuse des ventes et du cours de la bourse, le duo historique Lazaridis et Balsillie est poussé vers la sortie.
Pour redresser la barre, le conseil d'administration nomme Thorsten Heins au poste de PDG en janvier 2012. Heins hérite d'un navire qui prend l'eau de toutes parts. Son plan est de réinventer totalement la marque avec un nouveau système d'exploitation moderne : BlackBerry 10.
Malheureusement, le développement prend un retard considérable. Lorsque les nouveaux smartphones entièrement tactiles (comme le Z10) sortent enfin début 2013, il est déjà beaucoup trop tard. Apple et Samsung ont capturé l'essentiel du marché mondial. Les consommateurs ont pris leurs habitudes ailleurs. Le catalogue d'applications de BlackBerry est vide : des géants comme WhatsApp ou Instagram refusent de développer pour leur système.
Les pertes financières deviennent colossales. En novembre 2013, après moins de deux ans de mandat et un échec commercial cuisant, Thorsten Heins est licencié à son tour.
En 2015, le verdict est sans appel. Le cabinet d'analyse Gartner publie les chiffres mondiaux de la téléphonie : la part de marché de BlackBerry s'est effondrée à 0,3 % aux États-Unis et dans le monde. L'entreprise qui dictait l'avenir de la technologie mobile sept ans plus tôt est devenue statistiquement invisible.
L'agonie matérielle prend définitivement fin le 28 septembre 2016, date qui marque la période de fin de l'échec industriel de la marque. Ce jour-là, BlackBerry annonce officiellement l'arrêt complet de la conception et de la fabrication de ses propres smartphones. L'entreprise choisit d'externaliser sa marque et de se reconvertir intégralement dans les logiciels de cybersécurité.
La chute de BlackBerry reste aujourd'hui le cas d'école le plus célèbre de l'histoire du business. Elle prouve qu'en matière de technologie, le succès du passé ne garantit jamais l'avenir, et que le déni face aux innovations de rupture – comme le passage au tout-tactile – est toujours synonyme de disparition.
Leçons à tirer
Le succès d'un leader dépend de sa capacité à abandonner ses certitudes passées pour s'adapter immédiatement aux innovations de rupture. Face à un changement de paradigme comme le tout-tactile, le déni de la direction de BlackBerry et le refus de faire évoluer son modèle économique mènent inévitablement à la disparition.
Sources
Image de https://crackberry.com/history-research-motion
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1982326/telephone-blackberry-rim-archives
https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/mike-lazaridis
https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/balsillie-james
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/579551/panne-blackberry-cellulaire?tz=PST
https://quantumvalleyinvestments.com/management/doug-fregin/

