Histoire
La stratégie de Mozilo reposait sur un volume de prêts massif, alimenté par une innovation toxique : les prêts "Pay-Option ARM" et les crédits "No-Doc" (sans vérification de revenus). Mozilo a transformé Countrywide en une machine de vente où les courtiers étaient incités à accorder des prêts à des emprunteurs dont ils savaient la solvabilité fragile.
Le modèle fonctionnait ainsi :
L'Origination agressive : Countrywide prêtait à des taux d'appel très bas qui explosaient après deux ans. Les emprunteurs "subprime" (à risque) étaient ciblés pour maximiser le volume.
La Titrisation : Au lieu de garder ces risques dans ses livres, Countrywide revendait ces créances à Wall Street, qui les transformait en produits financiers complexes (MBS et CDO). Cela permettait à Mozilo de récupérer immédiatement du cash pour prêter à nouveau, créant une boucle spéculative infinie.
L'Alerte ignorée : En interne, dès 2004, des cadres s'inquiétaient de la qualité des actifs. Mozilo lui-même qualifiait certains produits de "toxiques" dans des courriels privés, tout en continuant à en vanter la solidité publiquement pour soutenir le cours de l'action.
Lorsque les prix de l'immobilier ont commencé à baisser en 2006 et que les taux d'intérêt ont grimpé, les défauts de paiement ont explosé. Countrywide s'est retrouvée avec des milliards de dollars de prêts invendables. En janvier 2008, au bord de la faillite, elle est rachetée par Bank of America pour une fraction de sa valeur (4 milliards de dollars). Ce rachat sera plus tard considéré comme "la pire acquisition de l'histoire de la banque américaine", Bank of America ayant dû payer des dizaines de milliards en règlements judiciaires pour les fraudes commises sous l'ère Mozilo.
Leçons à tirer
La chute d'Angelo Mozilo démontre le danger de l'alignement des incitations sur le volume plutôt que sur la qualité. En décorrélant le profit immédiat du risque à long terme (grâce à la revente des prêts), il a supprimé les garde-fous naturels du crédit. Pour un dirigeant, ce cas illustre que l'éthique de vente et la gestion du risque de crédit ne sont pas des freins à la croissance, mais les garants de la survie de l'entreprise.
Auteur et organisation
Dirigeant : Angelo Mozilo (Cofondateur et PDG jusqu'en 2008)
Entreprise : Countrywide Financial (rachetée par Bank of America)
Secteur : Services financiers et Crédit hypothécaire
Segment clé : Prêts subprimes, Titrisation, Gestion de prêts
Marché : États-Unis (Siège à Calabasas, Californie)
Période
1969 – 2008
Sources
Image : https://www.cnn.com/2023/07/17/business/angelo-mozilo-death-countrywide-mortgage
https://nypost.com/2023/07/17/angelo-mozilo-countrywide-financials-former-ceo-dead-at-84/

