Histoire
Après une levée de fonds via une fusion avec une SPAC en 2020, qui valorise l'entreprise à près de 2,9 milliards de dollars, Henrik Fisker choisit de confier la production de l'Ocean au sous-traitant Magna Steyr en Autriche. Ce choix stratégique vise à limiter les coûts fixes et à accélérer la mise sur le marché. Cependant, dès les premières livraisons en 2023, la stratégie vacille. Bien que 10 193 véhicules sortent des chaînes de production au cours de l'année 2023, Fisker Inc. ne parvient à en livrer que 4 929. Cette disparité s'explique par une logistique interne désorganisée et des difficultés chroniques de distribution.
Sur le plan technique, les véhicules livrés souffrent de lacunes logicielles sévères. Des clients signalent des pertes soudaines de puissance de freinage, des capteurs de stationnement défaillants et des systèmes d'ouverture de porte inopérants. Ces dysfonctionnements entraînent l'ouverture de quatre enquêtes par la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) aux États-Unis. En interne, la gestion financière est tout aussi chaotique. En mars 2024, des rapports révèlent que le département financier a temporairement égaré la trace de millions de dollars de paiements clients, certains véhicules ayant même été remis sans que les règlements ne soient encaissés.
Les résultats financiers de l'année 2023 affichent une perte nette de 939 millions de dollars pour un chiffre d'affaires de 272,9 millions de dollars. Face à une marge brute négative de 35 % au dernier trimestre 2023 et à une fonte rapide de sa trésorerie, passée de 625 millions de dollars en septembre 2023 à environ 121 millions de dollars en mars 2024, Henrik Fisker tente un sauvetage de la dernière chance. Des négociations sont engagées avec un grand constructeur automobile pour un investissement vital, mais celles-ci échouent au printemps 2024. Sans nouveau financement et avec une action délistée du New York Stock Exchange après être tombée sous le seuil d'un dollar, l'entreprise interrompt sa production avant de déposer le bilan, laissant plus de 5 000 propriétaires dans l'incertitude concernant la maintenance de leurs véhicules.
Leçon à tirer
L'échec de Fisker Inc. démontre qu'une conception de produit esthétiquement réussie ne peut compenser une exécution opérationnelle et logicielle défaillante. La stratégie de l'externalisation totale, si elle réduit les investissements initiaux, prive le constructeur de la maîtrise directe sur l'intégration logicielle et la chaîne de valeur, deux piliers cruciaux de l'automobile moderne. Pour les décideurs, ce cas souligne que la viabilité d'une entreprise industrielle repose moins sur la vision du design que sur la robustesse de l'infrastructure logistique et la fiabilité des systèmes embarqués. Un déploiement prématuré de produits non aboutis, couplé à une gestion administrative négligée, brise irrémédiablement la confiance du marché et des investisseurs.
Auteur et organisation
Dirigeant : Henrik Fisker (Fondateur, Président et PDG)
Entreprise : Fisker Inc.
Secteur : Automobile et Mobilité électrique
Segment clé : SUV électriques premium (Fisker Ocean)
Marché : Mondial (Siège aux États-Unis, production en Europe)

