Histoire
L'impact de Gregory Becker sur SVB commence par une erreur stratégique fondamentale commise durant les années d'argent facile (2020-2021). Submergée par les dépôts des startups et des fonds de capital-risque, la banque a placé une part colossale de ses liquidités plus de 120 milliards de dollars dans des obligations à long terme et des titres adossés à des hypothèques à faible rendement. Becker a parié sur une stabilité durable des taux bas. Or, lorsque la Réserve fédérale a brutalement relevé ses taux pour contrer l'inflation, la valeur de ces obligations s'est effondrée. SVB s'est retrouvée avec des pertes latentes massives, prisonnière d'actifs impossibles à revendre sans réaliser de pertes réelles.
L'impact de cette gestion a été aggravé par une absence de couverture contre les risques (hedging). Sous la direction de Becker, SVB est restée sans directeur des risques pendant une période critique en 2022. En mars 2023, pour répondre aux besoins de retrait de clients tech eux-mêmes en difficulté, la banque a été forcée de vendre ses titres à perte, déclenchant une onde de choc. Mais ce qui a achevé SVB, c'est la panique numérique. Contrairement aux crises passées où les clients faisaient la queue devant les guichets, la chute de SVB a été orchestrée sur Twitter (X) et Slack. En seulement 24 heures, les clients ont tenté de retirer 42 milliards de dollars via leurs applications mobiles, une vitesse d'exécution que les réserves de la banque ne pouvaient supporter.
Le 10 mars 2023, les régulateurs californiens ferment la banque. Gregory Becker est pointé du doigt pour son optimisme excessif et pour avoir autorisé la vente d'une partie de ses propres actions quelques semaines avant le krach. Son impact sur le système financier mondial a été un réveil brutal : il a démontré qu'une concentration excessive de la clientèle (le secteur tech) et une mauvaise gestion de l'écart de taux peuvent anéantir une banque en quelques heures. La faillite de SVB a forcé l'État fédéral à garantir tous les dépôts pour éviter une contagion systémique, marquant la fin d'une ère d'insouciance pour les banques régionales américaines.
Leçons à retenir
La chute de Gregory Becker démontre que la liquidité n'est pas la solvabilité. L'enseignement principal pour les dirigeants est qu'une croissance rapide des dépôts est un risque majeur s'ils ne sont pas investis dans des actifs agiles et protégés contre les variations de taux. L'échec de SVB résidait dans l'illusion que les taux bas étaient éternels et dans une méconnaissance de la vitesse de retrait à l'ère numérique. Pour les décideurs, ce cas prouve qu'en période de crise, la psychologie des réseaux sociaux peut vider les coffres d'une banque plus vite que n'importe quelle régulation ne peut intervenir.
Auteur et organisation
Dirigeant : Gregory Becker (PDG de 2011 à 2023)
Entreprise : Silicon Valley Bank (SVB)
Secteur : banque commerciale et technologique
Performance : saisie de 209 Mds $ d'actifs (2023) ; 2ème plus grosse faillite bancaire USA
Erreur clé : déséquilibre entre dépôts à court terme et investissements obligataires à long terme (mismatch de maturité) sans couverture de taux
Période
2011 – 2023
Sources
https://fortune.com/2023/05/15/svb-bank-collapse-ceo-greg-becker-social-media/
https://www.theguardian.com/business/2023/mar/11/silicon-valley-bank-weaken-risk-regulations-svb

