Histoire
En 1984, Mike Lazaridis cofonde avec Douglas Fregin au Canada Research In Motion (RIM), l'entreprise à l'origine du BlackBerry. Grâce à son clavier physique, sa sécurité informatique, son excellente autonomie et sa messagerie BBM, la marque devient la référence des professionnels, des dirigeants politiques, dont Barack Obama, et des grandes entreprises. En 2008, BlackBerry atteint son apogée avec près de 45 % de parts de marché aux États-Unis, donnant l'impression d'être intouchable.
Pourtant, le début de son déclin remonte à janvier 2007, lorsque Steve Jobs présente l'iPhone. Les deux co-PDG, Mike Lazaridis et Jim Balsillie, sous-estiment cette innovation. Convaincus que les utilisateurs professionnels resteront fidèles au clavier physique, ils considèrent le grand écran tactile comme un simple gadget. Ils pensent également que l'autonomie limitée et la consommation de données freineront l'adoption de l'iPhone.
Face au succès d'Apple puis d'Android, BlackBerry réagit tardivement avec le BlackBerry Storm, lancé en 2008. Conçu dans l'urgence, ce premier modèle entièrement tactile souffre de nombreux bugs et offre une expérience utilisateur décevante, ce qui ternit durablement l'image de la marque.
Mais l'erreur la plus lourde est stratégique. Alors qu'Apple et Google transforment le smartphone en une véritable plateforme d'applications grâce à l'App Store et au Google Play Store, BlackBerry reste enfermé dans un écosystème fermé et sous-estime l'importance des développeurs. L'entreprise commet également l'erreur de réserver BBM à ses seuls appareils, tandis que des applications multiplateformes comme WhatsApp séduisent rapidement le grand public. Avec l'essor du Bring Your Own Device, les entreprises adoptent progressivement les iPhone et les smartphones Android.
En 2012, Mike Lazaridis et Jim Balsillie quittent leurs fonctions de co-PDG. Leur successeur, Thorsten Heins, lance le système BlackBerry 10 et de nouveaux smartphones en 2013, mais ils arrivent trop tard. Apple, Samsung et Android dominent déjà le marché.
En 2015, selon Gartner, la part de marché de BlackBerry tombe à seulement 0,3 %. Puis, le 28 septembre 2016, l'entreprise cesse officiellement de concevoir ses propres smartphones pour se recentrer sur les logiciels et la cybersécurité.
Leçons à tirer
La chute de BlackBerry démontre qu'un excès de confiance peut aveugler des fondateurs visionnaires, les poussant à rejeter les innovations de rupture par simple dogmatisme technique ou commercial. En s'enfermant dans le déni face au tactile et aux applications, Mike Lazaridis et Jim Balsillie ont prouvé que l'incapacité des dirigeants à remettre en question leur propre succès passé est le premier facteur de disparition d'un empire industriel.
Sources
Image de https://crackberry.com/history-research-motion
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1982326/telephone-blackberry-rim-archives
https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/mike-lazaridis
https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/balsillie-james
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/579551/panne-blackberry-cellulaire?tz=PST
https://quantumvalleyinvestments.com/management/doug-fregin/

