Histoire
Sous l'impulsion de Joseph Cassano, AIGFP commence à vendre des CDS à une échelle industrielle dès 2002. Le concept est simple : AIG perçoit des primes régulières en échange de la promesse de rembourser les investisseurs si leurs titres adossés à des créances hypothécaires (MBS) faisaient défaut. Persuadé que les modèles mathématiques rendaient un effondrement du marché immobilier hautement improbable, Cassano accumule un portefeuille de CDS atteignant 440 milliards de dollars, dont une part importante liée aux prêts immobiliers à risque (subprimes).
Le piège se referme entre 2007 et 2008. Lorsque le marché immobilier américain s'effondre, la valeur des titres assurés par AIG chute brutalement. Contrairement à une compagnie d'assurance traditionnelle qui dispose de réserves réglementées, AIGFP est soumise à des clauses de "collateral calls" : dès que sa propre note de crédit est abaissée ou que la valeur des actifs assurés baisse, elle doit déposer des dizaines de milliards de dollars de garanties en cash auprès de ses contreparties (comme Goldman Sachs ou Société Générale).
[Visual representation of AIG's Credit Default Swap exposure versus available liquidity 2002-2008]
En septembre 2008, AIG se retrouve en crise de liquidité totale. Joseph Cassano, qui avait quitté ses fonctions début 2008 avec une prime de départ généreuse, laisse derrière lui une division devenue un "trou noir" financier. Pour éviter une réaction en chaîne qui aurait détruit le système bancaire mondial, le gouvernement américain doit injecter 182 milliards de dollars pour sauver l'entreprise. En 2008, AIG annonce une perte nette annuelle de 99,3 milliards de dollars, la plus importante de l'histoire des entreprises américaines à cette date, pulvérisant la réputation de l'un des assureurs les plus solides au monde.
Leçons à tirer
La chute d'AIG sous Joseph Cassano illustre le danger de l'aléa moral et de la déconnexion entre le risque pris et le capital disponible. L'enseignement principal pour les dirigeants est qu'un modèle basé sur des probabilités mathématiques ne peut jamais remplacer une gestion prudente des liquidités de crise. L'échec de Cassano réside dans l'exploitation de la signature AAA d'AIG pour transformer un assureur en un hedge fund non régulé. Pour les décideurs, ce cas rappelle que les bénéfices à court terme générés par des produits dérivés complexes cachent souvent des risques de queue (tail risks) capables d'anéantir une institution centenaire en quelques jours.
Auteur et organisation
Dirigeant : Joseph Cassano (Ancien chef d'AIG Financial Products).
Entreprise : AIG (American International Group).
Secteur : Assurance et Produits financiers dérivés.
Performance : Perte de 99 milliards $en 2008 ; Sauvetage étatique de 182 milliards$.
Innovation (négative) : Transformation de l'assurance-crédit en un instrument spéculatif massif sans provisionnement adéquat.
Période
2002 – 2008
Sources
https://www.wsj.com/articles/SB10001424052702303277704579346751075205642

